top of page

Eclipse totale lunaire - un mur tombe

  • Photo du rédacteur: Heather Louise
    Heather Louise
  • 2 mars
  • 5 min de lecture

Première partie : L'enfant témoin

En 1989, j’avais huit ans et je vivais à Hong Kong. Les enfants ne lisent pas les journaux, mais ressentent l’atmosphère. Et cette année-là, l’atmosphère avait une qualité très particulière que je reconnais encore aujourd’hui dans mon corps : celle d’un souffle retenu, d’une ville en deuil de quelque chose qu’elle n’avait pas encore perdu, mais qu’elle savait déjà condamné.


Hong Kong est descendue dans la rue en silence, des bougies à la main, pour les étudiants de la place Tiananmen - à la manière de la Marche Blanche en Belgique. Une ville entière pleurait au nom de celles et ceux qu’elle n’avait pas pu sauver, portant un deuil qui dépassait l’événement lui-même : celui d’une liberté déjà menacée, pressentie comme la question qui, bientôt, serait la sienne.


J’étais une enfant. Je n’avais pas de mots pour ce que j’absorbais. Je percevais seulement ce regard particulier sur les visages adultes : celui qui sourit pendant que les yeux sont ailleurs, occupés à quelque chose de lourd et de silencieux.


Deux ans plus tard, mon père est mort brutalement devant mes yeux.


Et l’effondrement que j’avais jusque-là observé depuis l’extérieur est entré à l’intérieur s’installant là où l’on ne sait pas encore nommer ce qui se brise.


Je n’avais pas les mots à l’époque. Je l’ai aujourd’hui : initiation. Celle qui nous est imposée sans notre consentement, bien avant que l’on soit assez grand pour comprendre que quelque chose de plus vaste que notre propre histoire est en train de te façonner.


Depuis trente ans, je suis devenue quelqu’un qui prend soin des autres. Sans l’avoir pleinement choisi, je suis devenue spécialiste d’un deuil très particulier : celui de l'effondrement, des murs qui tombent.


Ce que je n’ai compris qu'en faisant ma recherche pour cet article : le 3 mars 1989, exactement trente-sept ans avant que notre éclipse ne se produise à la même date, Saturne et Neptune formaient leur première conjonction exacte de l’année qui allait voir tomber le mur de Berlin.


J’avais huit ans à Hong Kong, à l’intérieur de la première note d’un cycle que je ne comprendrais que près de quatre décennies plus tard. Ce cycle se ferme aujourd’hui. Qu’est-ce que la version plus jeune de vous a vécu, que l’adulte compétent a appris à gérer au lieu de ressentir ?

Place Tiananmen, Chine, 1989.
Place Tiananmen, Chine, 1989.

Deuxième partie : L’astrologie

L’astrologie est une étude des cycles qui se répètent avec suffisamment de constance pour que, si l’on sait où regarder, on puisse se reconnaître plus clairement à l’intérieur d’eux.


Une éclipse sur le Nœud Sud agit comme une purge. Le Nœud Sud représente ce que nous portons du passé : personnellement et collectivement. Une éclipse à cet endroit n’ajoute rien de nouveau. Elle rend simplement visible ce qui est prêt à être relâché.


Celle-ci tombe en Vierge.


Le passé de la Vierge n’est pas spectaculaire. C’est précisément là que réside le problème ! C’est un passé fait d’hyper-responsabilité. D’un sentiment d’appartenance gagné par le service. De la gestion constante du chaos pour que les autres n’aient pas à le ressentir. De la confusion entre le soin et le contrôle, entre l’humilité et l’effacement de soi.


La Vierge, lorsqu’elle agit inconsciemment, devient l’administratrice (voire tyran) intérieure du système nerveux de tout le monde. Ce que cette éclipse nous demande de purger n’est donc pas le service. C’est la servitude. Le devoir hérité avant même que nous soyons assez grands pour le choisir.


L’anxiété ancestrale face au désordre. La croyance que si je ne reste pas vigilant, quelque chose de terrible arrivera. Et cette croyance que si je deviens indispensable, on ne me quittera pas.


La dernière fois que le ciel s’est organisé de cette manière, c’était en 1989. Saturne et Neptune, planètes de la structure et de la dissolution, se sont rencontrées en conjonction exacte le 3 mars de cette année-là. La même date que cette éclipse. Elles ont ouvert un cycle de trente-sept ans qui verrait tomber le mur de Berlin et tout un ordre mondial se révéler bien moins permanent que ce que l’on croyait.


Ce qui semblait bâti pour durer a simplement cessé de tenir. Le cycle qui le rendait nécessaire était arrivé à son terme, et le monde qu’il avait été conçu pour gérer était déjà devenu autre chose.


Ce cycle se ferme aujourd’hui.


Ce qui signifie que nous sommes invitées, individuellement et collectivement, à la question qui surgit toujours en fin de cycle : quelle structure de notre vie a été construite pour un monde qui n’existe plus ?


Le mur tombé en 1989 était fait de béton et d’idéologie. Celui qui tombe aujourd’hui est fait de quelque chose de plus ancien et de plus intime. L’histoire héritée de ce que nous devons être pour être en sécurité. Le rôle dans lequel nous sommes entrés avant de savoir que nous avions le choix. 

Il est prêt à tomber car le cycle est accompli.


Berlin, le 9 novembre 1989
Berlin, le 9 novembre 1989

Troisième partie : Le portail

Si nous avons travaillé consciemment avec la pleine lune en Lion du mois dernier, nous avons déjà touché au coeur fissuré. L’armure qui est devenue lourde. Quelque chose que nous protégions depuis des années est devenu trop inconfortable à maintenir.


C’était précisément le but.


Nous sommes maintenant en Vierge. Et la Vierge, c’est le ventre.


C’est la partie la plus importante du portail. Nous sommes aussi au centre de la conjonction Saturne-Neptune à 0° du Bélier, un seuil civilisationnel qui est rare. La dernière fois, c’était en 1989. 


Quelque chose doit tomber. Et cela demande notre pleine présence. Car c’est maintenant. Pas le mois prochain, pas quand tout sera plus calme. Maintenant. Regardons honnêtement ce que nous continuons d’utiliser pour éviter de nous connecter à nous-mêmes. Le scrolling. L’alcool. Le tabac. Les achats compulsifs. Le surmenage. Le don excessif. L’auto-apitoiement qu’on déguise en hypersensibilité. L’épuisement qui devient notre identité.


La Vierge gouverne les intestins. Les parasites y vivent et nous consomment.


Notre vie aussi a ses parasites.


Qu’est-ce qui vit aujourd’hui dans notre vie sans que nous l’ayons consciemment choisi et se nourrit de notre énergie ?


Quelle obligation honorons-nous par peur plutôt que par amour ?


Quelle habitude ressemble à du soin de soi, mais n’est en réalité qu’une gestion de soi ?


À qui appartient cette voix qui nous dit que nous n'avons de valeur que lorsque nous sommes utiles ?


Cette pleine lune est vraiment une invitation à poser ses limites, à dire NON.


Et si ce NON libérait une douceur inattendue ? Une énergie qui n’a plus besoin de sauver, de réparer, de porter, et qui se transforme en tendresse non négociable pour soi-même, une douceur qui n’est plus conditionnelle, mais souveraine.


Faisons non pas tomber un mur dans la violence, car il y en a déjà bien assez dans le monde, mais amenant ce mur à se dissoudre par la conscience, jusqu’à ce qu’il se souvienne qu’il n’a jamais été qu'une protection aujourd'hui devenue obsolète. 


Cette petite fille de huit ans à Hong Kong, elle ne savait pas encore qu’elle devenait spécialiste des effondrements. Elle méritait qu’on lui dise : Non, tu n’as pas à résoudre ce que les grandes personnes ne peuvent pas porter.


Va jouer avec ton ours en peluche.



©2026 The Offerings of Vesta
bottom of page