Nouvelle Lune en Poissons : s’abandonner aux eaux qui nous portent
- Heather Louise

- il y a 11 heures
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Imagine que tu rames dans une petite barque sur un océan si vaste qu’aucune limite n’en est perceptible. Et que tu rames depuis des vies entières…
Par moments, tu as croisé d’autres âmes sur l’eau. Certaines ont avancé à tes côtés un temps, rendant la traversée un peu moins solitaire. D’autres t’ont arraché tes rames sans que tu t’en aperçoives, ou d'autres encore ont ramé à ta place, lorsque la vie t’avait offert le privilège de naître dans le bon milieu, avec un corps perçu comme attirant, au bon moment de l’histoire… Et parfois - bonjour Sedna ! - il y a eu ceux qui auraient voulu te jeter par-dessus bord !
La plupart du temps, nous ramons tous avec acharnement, parfois avec désespoir. Nous cherchons n'importe quelle rive, n'importe quoi de solide, quelque chose qui nous permettrait enfin de sortir de l'eau. Non parce que l'océan est hostile, mais parce que cela fait si longtemps que nous traversons seuls que nous avons oublié qu'il pouvait nous porter.
Cette Nouvelle Lune est cet instant suspendu où les rames glissent de nos mains, et où il devient évident que le courant nous a toujours porté, qu’il a toujours su vers où nous conduire même dans nos moments les plus perdus.

Et si, pour un instant, on s’autorisais à s'arrêter ? Si les rames pouvaient simplement reposer au fond de la barque, si notre corps pouvait se laisser dériver sans intention, sans devoir, et si l’océan, profondément intelligent, pouvait enfin être ressenti comme un soutien, et non comme une menace ?
Prenons un instant pour ressentir ceci avant de poursuivre.
Car voici ce que cette Nouvelle Lune nous murmure, depuis cet endroit sous les mots où la vraie connaissance réside : l'océan a toujours su. Nous le portons à l'intérieur de nous : ce rythme céphalo-rachidien, cet océan intérieur qui voyage le long de notre moelle épinière, du sacrum au cerveau. Il a toujours su où se trouve notre rive, et il n'a jamais cessé de nous y porter. Il nous suffit de cesser de ramer à contre-courant, et de nous laisser conduire exactement là où nous étions toujours destinés à arriver. Non pas n'importe quelle rive, la nôtre, celle qui nous attendait depuis le tout début.
✨ Je t'offre un rituel à la fin de ce texte pour t'aider à ressentir cette traversée.
L'océan du poissons
Six corps célestes se rassemblent en Poissons pour cette Nouvelle Lune, une convergence qui ne se produit peut-être qu’une fois par génération. Parmi eux : le Nœud Nord, Mercure rétrograde, Mars — comme un moine Shaolin, discipliné et intérieur — et la Nouvelle Lune elle-même à 28°, le tout dernier degré du zodiaque.
Le dernier souffle avant que tout recommence.
Vesta est la première à briller à 4° Poissons. L'astéroïde de la flamme sacrée. Le foyer intérieur. Le feu gardé au cœur du temple. Même le ciel semble dire : veillez sur le feu intérieur avant que le déluge n'arrive. Car il vient. Et c'est la flamme qui vous guidera.
Mon Mercure natal est aussi à 4° Poissons. J'ai toujours pensé en image, en ressenti, en intuition plutôt qu'en logique. Pendant longtemps, comme tant d'autres, on m'a appris que cette façon de penser était trop décalée pour être une vraie intelligence.
Ci-dessous, une déesse que j'ai faite à 17 ans, en argile, inspirée de la Vénus de Willendorf. C'était pour un projet artistique qui comparait les top modèles des années 90 à l'image de la déesse originelle. Clairement l'opposé d'une Kate Moss ! Mes mains d'ado savaient quelque chose que je suis encore en train de me rappeler des décennies plus tard... Quelle part de toi, enfant ou ado, savait que le courant te portait depuis toujours ?

Cette Nouvelle Lune, avec Vesta en tête de tout le stellium en Poissons, est une réparation de tout ce qui peut faire douter un cerveau droit ! Si tu as aussi passé des années à t'entendre dire que tu n'es pas assez rationnelle, trop sensible, alors cette lunaison t'appartient autant qu'à moi.
Cette Nouvelle Lune n'est pas là pour l'approche cerveau gauche, en mode performance. Ce n'est pas une Nouvelle Lune pour prendre des décisions ou poser des intentions au sens habituel du terme. C'est une Nouvelle Lune pour se souvenir, pour redescendre dans les eaux où vit un savoir archaïque, et faire confiance à ce qu'on y trouve.
Le lâcher-prise
Mercure est rétrograde et conjoint au Nœud Nord à 8° Poissons, notre esprit et notre destin au même point du ciel. La direction qui s'ouvre ne se trouve pas dans l'effort ou l'analyse. Elle vit sous l'esprit, là où le savoir précède les mots.
Cette conjonction se pose sur ma Lune natale dans la 8ème maison, domaine de ce qui est caché et transformé. La direction qu'on me demande de suivre ne vit pas dans la pensée, mais dans le corps émotionnel, là où la vérité se ressent avant de s'expliquer. Ressens-tu cela aussi ? Quelque chose d'ancien qui remonte, qui demande à être entendu ?
Et pourtant, notre monde actuel est loin d'être silencieux ! Cette invitation vers l'intérieur n'est pas un détournement du chaos ambient. Mais que pouvons-nous faire d'autre que d'aller à l'intérieur, en arrière, vers le bas, là où le savoir vivait avant le doute. Que savions-nous avant que l'école nous apprenne à douter ? Quelle part de nous attendait ce moment pour parler ?
Mercure redevient direct le 20 mars, avec l'Équinoxe de Printemps. Pour l'instant, nous sommes dans le calme avant la tempête. Ce qui émerge ici deviendra le talisman que nous porterons en avant.
Marcher sur le feu primordial
Pour la première fois en 165 ans, le dieu de l'océan entre dans le feu. Neptune quitte les Poissons et entre en Bélier, où il restera jusqu'en 2039. L'ère de la dissolution cède la place à l'action. Le rêve demande à se mettre en mouvement.
À 3° Bélier, Saturne rencontre Perséphone. Elle a traversé les enfers en initiée, non en victime. Elle a choisi sa propre transformation, même quand elle ressemblait à une dévastation. Elle entre maintenant en Bélier, et Saturne est là pour lui donner la reconnaissance qu'elle mérite. Ce que nous avons traversé est notre colonne vertébrale, notre fondement. La descente en enfer que nous avons survécue est le sol sur lequel nous nous tenons.
La déesse
Jupiter est à 15° Cancer, le degré de Sirius, l’étoile d’Isis, dont le lever annonçait la crue du Nil. Ce n'était pas une catastrophe, mais un cadeau qui fertilisait la terre fertile.
À ce même degré, Jupiter touche ma Cérès natale. Et je pense à cette statue de déesse qui m’accompagne depuis presque trente ans. Elle m’a rappelait que le principe féminin a toujours été là, gardant la flamme pendant que nous nous épuisions à ramer.
Sirius parle d’une intelligence qui fait confiance, qui sait, comme Cérès a dû l’apprendre, que ceux que nous aimons le plus doivent parfois traverser l’obscurité pour devenir pleinement eux-mêmes.
Laisser partir n’est pas une perte, mais la condition pour accueillir l'abondance.
Jupiter amplifie ce qui s’ouvre maintenant. Et le véritable cadeau est peut-être d'arriver à nous abandonner aux eaux qui nous portent. Car l’abondance attend, patiemment, comme la déesse, comme Sirius qui se lève toujours au bon moment.
Le rituel du rivage
Dans la nuit du 18 au 19 mars, ou dans les jours entourant cette Nouvelle Lune et l'équinoxe, trouve un moment tranquille, une bougie et une feuille de papier. Offre-toi assez de silence pour ressentir le soutien des eaux autour de toi avant de commencer à écrire.
Tu vas t'écrire une lettre de la future version de toi-même qui se tient déjà sur le nouveau rivage, te regardant avec un amour absolu et une compassion totale, qui sait avec clarté à quoi a servi cette longue dissolution, ce qu'elle a fait de toi, et où elle t'a toujours portée, depuis le tout début.
Laisse ce toi-là parler librement et sans correction.
Laisse-le te dire ce qu'il sait maintenant, ce qu'il veut le plus que tu cesses de craindre, et ce qui t'attend de l'autre côté, sur ton rivage. Tu n'as pas besoin de savoir ce qui viendra avant de commencer. Les eaux te le diront. Elles ont toujours su. Tu es juste invité à ressentir le début d'une toute nouvelle ère avec le soutien de ces eaux primordiales.
Commence par : « Je t'écris depuis la terre ferme, là où le corps peut enfin se poser, et je veux que tu saches... »
Voici à quoi cette voix pourrait ressembler :
« Je t'écris depuis la terre ferme, là où ton corps peut enfin se poser, et je veux que tu saches que tu es assise au soleil en ce moment. Les rayons du soleil sont chauds sur ta peau, et tu ne fais rien, et personne n'a besoin de quoi que ce soit de toi, et tu es en paix avec cela. Tu ne scrutes pas l'horizon à la recherche de la prochaine personne à sauver. Tes mains sont ouvertes et reposent sur tes genoux, recevant la chaleur, et c'est délicieux. Je veux que tu saches que c'est ce qui t'a toujours attendu, non pas une réussite ou une quelconque reconnaissance, mais ceci : tes propres mains, ouvertes, au soleil, t'appartenant complètement, pleines de tout ce que l'océan a toujours porté jusqu'à toi et, surtout, tu es enfin, enfin, capable de le recevoir. »
Cette lune nous murmure : laisse-toi porter par les eaux pour enfin rentrer chez toi.



