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Nouvelle Lune en Balance : Le courage de rester

Photo du rédacteur: Heather Held
Heather Held
il y a 41 minutes
13 min de lecture

Cette histoire m’est venue le mois dernier quelques jours avant la pleine lune en Bélier, alors que je m’apprêtais à vivre un rite de passage : 36 heures de jeûne et d’isolement en forêt, sous la lumière de la lune.


Je n’ai rien publié à ce moment-là. L’histoire était née, mais elle avait besoin d’un temps de maturation. Mars, maître de cette pleine lune, se trouvait à 29° du Cancer, vivant son initiation au cœur de sa tribu. L’histoire mûrissait de la même façon avant de pouvoir partir dans le monde.


L’inspiration pour ce texte vient de l’archétype de mon Mars. Dans mon thème natal, Mars à 29° du Verseau forme un carré exact à Uranus à 29° du Scorpion, un carré entre mes maisons IV et VIII : la maison des racines et de la famille, et celle de la mort et de ce dont on hérite par la perte.


L’image de cet homme m’est d’abord apparue pour la première fois en 2021, presque comme une constellation familiale vécue par le corps : un guerrier revient dans son village et le trouve anéanti. Pour moi, c’est à cela que ressemble cet aspect. Ce n’était pas une pensée mais quelque chose que j’ai ressenti dans mon corps, et cela ne m’a jamais quittée. 


J’ai cherché dans l’histoire un événement susceptible de lui donner forme et j’ai trouvé Blue Water Creek, en 1855, où un campement sicangu lakota fut attaqué par l’armée américaine.


De la rencontre entre une image intérieure et une tragédie historique est né ce récit de fiction. Cela dépasse mon Mars personnel et touche à ces grandes images de perte, de survie et de renaissance qui traversent l’inconscient collectif.


Aujourd’hui, avec la nouvelle lune en Balance, le moment de partage est parfait.


Nous passons du Bélier à la Balance, du guerrier solitaire à la rencontre de l’Autre. Cette lunaison porte la complexité d’oser ouvrir un nouveau cycle après avoir connu la dévastation.


Vénus, maîtresse de la Balance, est rétrograde en Scorpion, au sommet d’un T-carré en signes fixes. Elle forme un carré exact à Mars en Lion, tandis que Pluton en Verseau s’oppose à Mars et forme lui aussi un carré à Vénus.


Cette configuration nous entraîne dans les profondeurs de la psyché et du cœur brisé, là où le désir rencontre la peur, où l’attachement porte la mémoire de la perte, et où les anciennes blessures peuvent se rejouer dans nos relations.


Les signes fixes portent les traumatismes les plus anciens, les plus complexes et les plus difficiles à guérir.


Mars est le guerrier. Pluton est ce qui échappe à notre contrôle : la destruction et la transformation qui peut s’ensuivre. Et Vénus rétrograde nous questionne : que devient notre capacité d’aimer lorsque nous avons connu la perte ?


C’est pourquoi une histoire née sous la pleine lune en Bélier trouve sa place sous la nouvelle lune en Balance.


Elle ne parle pas seulement de ce que nous avons perdu.


Elle parle de ce qui, en nous, peut rester assez curieux pour s’ouvrir à la vie, à la rencontre et à l’amour.


Pendant mon temps en forêt, on m’a montré le tunnel creusé par sa souffrance, par la rage, ainsi que par toutes les expériences que nous traversons en tant qu’êtres humains. Chacune contribue à construire ce tunnel qui nous relie, sur le plan énergétique, au temple dans notre cœur qui bat au rythme du cœur de cette planète et du champ d’énergie qui parcourt l’Univers entier.


Pouvons-nous devenir reconnaissants pour tout ce que nous avons traversé, sachant que, même s’il a créé une armure autour de nos cœurs, cette armure est aussi ce tunnel, un chemin de retour vers l’espace sacré en nous, l’état de grâce vers lequel nous étions toujours destinés à revenir…


L’armure est à la fois la blessure et la porte d’entrée.


Que cette Nouvelle Lune vous rende à la vie, là même où vous aviez appris à vous en protéger. 


Lucid Dreams par Timothy Tate Nevaquaya
Lucid Dreams par Timothy Tate Nevaquaya

Le courage de rester


Il se réjouissait encore de voir le sourire de sa fille lorsque l'odeur de fumée lui parvint.


Il revenait de plusieurs jours de chasse. Le soleil avait bruni son visage, creusé de fines rides au coin des yeux. C'était un homme aux épaules larges, aux mains solides, habituées à travailler le cuir, à tailler le bois, à tenir les rênes, à réparer ce qui pouvait l'être.


Avant son départ, Plume Blanche avait voulu l'accompagner. Elle s'était fâchée lorsqu'il avait refusé, avait croisé les bras et détourné la tête avec une indignation qui l'avait fait rire. Il lui avait promis de lui rapporter quelque chose.


Il se demandait si elle lui en voulait encore.


Puis l'odeur de fumée devint plus forte, elle fit ralentir son cheval.


La fumée avait toujours annoncé le retour : les feux autour desquels on se rassemblait, les enfants courant entre les tipis, les voix familières qui s'élevaient dans le soir, les repas partagés.


Celle-ci avait une odeur différente.


Il leva la tête.


Une épaisse colonne noire montait derrière la crête, trop haute, trop dense pour les feux du camp. Le vent lui apporta une odeur âcre de bois brûlé et de peaux consumées.


Il pressa son cheval.


Une explication devait exister : un feu avait pu se propager ou des herbes étaient sèches… Peut-être les hommes avaient-ils déjà maîtrisé les flammes.


Il se pencha sur l'encolure de son cheval.


À mesure qu'il se rapprochait, le silence lui parut étrange. Il aurait dû entendre les chiens, les enfants… Quelqu'un aurait dû l'apercevoir et courir annoncer son retour.


Rien.


Lorsqu'il atteignit la crête, il tira brusquement sur les rênes.


En contrebas, le camp brûlait.


Là où se dressaient les tipis, il ne restait que des charpentes effondrées, des peaux consumées et des foyers qui brûlaient encore. La fumée rampait sur le sol. Des objets familiers gisaient parmi les cendres.


Il chercha des yeux son tipi.


Puis celui de sa mère.


Puis de nouveau le sien.


Il bondit de son cheval en criant le nom de sa fille.

— Plume Blanche !


Sa voix se perdit dans la vallée.


Il appela sa femme et ses fils.


Il courut.


Ils avaient dû fuir… Ils étaient bien quelque part… Il suffisait de les retrouver.


Il chercha jusqu'à la tombée de la nuit.


Il trouva d'abord le corps de son fils aîné, puis celui du cadet. Sa femme gisait près d'un des passages par où les gens avaient tenté de fuir.


Sa fille… il la trouva en dernier.


Ce ne fut pas son visage qu'il reconnut d'abord, mais un petit mocassin dans l'herbe, les perles ternies par la terre. Il resta un instant à le regarder. Il connaissait chacune de ces perles... Il avait vu sa femme les coudre.


Il se pencha pour le ramasser.


Alors seulement ses mains cessèrent de chercher.


Il n'y avait plus rien qu'elles puissent faire. Il s'assit près du ruisseau, l'eau coulait sur les pierres et un aigle tournait au-dessus de lui.


Il ne se souvint pas d'avoir commencé à pleurer, seulement de son front contre la terre, de ses mains agrippées à l'herbe, du goût de la poussière dans sa bouche.


Lorsqu'il se remit debout, la nuit avait été froide, mais il n'avait rien senti.


Il devait maintenant retrouver des survivants de son village.


Il en trouva quelques-uns trois jours plus tard.


La sœur de sa mère marcha droit sur lui, le frappa une fois à la poitrine, comme pour lui reprocher d'être vivant, puis prit son visage entre ses mains et pleura.


Ce premier soir, les vivants comptèrent les absents.


Le lendemain, il partit chasser, parce qu'il fallait de la viande. Puis il rassembla les chevaux dispersés, porta des nouvelles d'une famille à l'autre, répara les harnais.


Il voyait avant les autres ce qui devait être fait et s'en chargeait aussitôt, trouvant dans chaque tâche une nécessité, et surtout une fin, ce que le chagrin refusait de lui offrir.


Sa tante finit par le remarquer.

— Tu as déjà réparé ça.

— L'attache était lâche.

Elle observa ses mains qui tiraient encore sur le cuir.

— Elle l'était aussi hier ?

Il ne répondit pas. Il tira une dernière fois sur l'attache.


Quelques semaines plus tard, il annonça qu'il devait partir vers l'ouest, porter des nouvelles à des proches qui cherchaient peut-être encore leurs disparus.


Tout ce qu'il disait était vrai, ce qui le dispensait de se demander pourquoi la perspective de partir lui apportait le premier vrai soulagement depuis le drame de Blue Water.

— Pourquoi toi? lui demande sa tante

— Je connais le pays.

— D'autres aussi.

Elle ne lui demanda pas de rester.

Il lui en fut reconnaissant car il avait besoin de bouger, de changer d’air.


Il revint avant l'hiver et repartit au printemps.


Les raisons de partir se présentaient avec une telle régularité qu'il cessa de remarquer qu'il les attendait. Ses mains savaient tant de choses qu'elles lui donnaient toujours un endroit où aller.


Il ne restait jamais longtemps.


Il traversa des plaines, passa des hivers dans des camps où l'on accueillait volontiers un homme capable de réparer une selle, de retrouver des chevaux égarés ou de rapporter du gibier lorsque la chasse avait été mauvaise.


Partout, il se rendait indispensable.


Et partout, au bout de quelque temps, quelque chose l'appelait ailleurs.


Plusieurs hivers après Blue Water, il arriva dans un camp où il pensait rester jusqu'à la prochaine saison.


Près d'un tipi, une femme était assise au soleil, occupée à trier des plantes disposées sur une peau étendue devant elle. Elle portait une longue robe de daim souple, retenue à la taille par une ceinture tressée. Une épaisse tresse noire, traversée de quelques fils argentés, descendait jusqu'au milieu de son dos. De petites perles ornaient ses mocassins usés. Ses mains, aux doigts fins et habiles, séparaient patiemment les feuilles des tiges, qu'elle rassemblait en petits bouquets. Par moments, elle en portait une à son nez, en respirait le parfum, puis la déposait près des autres. À ses pieds reposait un panier dont l'anse s'était détachée.


Il s'arrêta.

— Ton panier est cassé.


Elle leva vers lui un visage doux, marqué de fines rides au coin des yeux.

— Oui, depuis quelque temps.

— Je pourrais le réparer.

— C'est gentil à toi. Mais tu viens d'arriver. Tu dois avoir faim.

— Ça ne prendra pas longtemps.

Elle lui tendit le panier avec un sourire.


Il s'assit près d'elle et se mit au travail. Elle continua de trier ses plantes, lui indiquant parfois le nom de l'une d'elles. Ils parlèrent peu, mais le silence n'avait rien de pesant.


Lorsqu'il eut terminé, elle prit le panier et en admira la solidité.

— Voilà qui devrait tenir longtemps. Merci.


Il remarqua alors une autre attache usée.

— Celle-ci aussi mériterait d'être remplacée.


Elle suivit son regard, puis sourit.

— Peut-être demain. Aujourd'hui, tu as déjà beaucoup fait.


Elle lui proposa de partager son repas. Il hésita. Son cheval avait besoin de soins, ses affaires n'étaient pas défaites, et il avait aperçu en arrivant une clôture qui demandait réparation. Mais elle avait déjà posé un second bol près du sien.


Il resta.


Il apprit peu à peu qu'elle connaissait les plantes qui apaisaient les fièvres, celles qui soulageaient les douleurs et celles qu'il ne fallait jamais cueillir. On venait la chercher lorsqu'un enfant était malade, lorsqu'une femme allait accoucher, lorsqu'une blessure refusait de guérir.


Elle avait les gestes de ceux qui savent soigner.


Elle riait facilement, souvent d'elle-même. Elle avait aussi ses impatiences. Lorsqu'on lui demandait pour la troisième fois si une préparation était prête, elle répondait qu'elle le serait plus vite si on cessait de l'interrompre.


Il aimait l'entendre rire, bien qu'il n'eût jamais songé à le lui dire.


Un soir, elle revint après avoir passé la nuit auprès d'une femme qui accouchait. Épuisée, elle s'assit près du feu sans un mot.


Il lui apporta de l'eau, puis quelque chose à manger.

— Merci, dit-elle.


Il remarqua ses mains rougies par le froid et les petits morceaux de plantes restés accrochés à sa manche.

— Tu devrais te reposer.

— Oui.


Mais elle ne bougea pas.


Il resta debout un instant, cherchant ce qu'il pourrait encore faire. Puis, sans bien savoir pourquoi, il s'assit près d'elle et ils regardèrent le feu. Au bout d'un moment, elle ferma les yeux et il resta jusqu'à ce qu'elle s'endorme.


Un autre jour, il remarqua que le panier réparé avait de nouveau perdu son anse.

— Tu l'as encore cassé.

Elle éclata de rire.

— Je crois qu'il préfère être porté à deux mains.

Il secoua la tête, mais sourit malgré lui.

Il resta tout l'hiver.

Puis il repartit.


Ses absences devinrent plus courtes.


Lorsqu'il revenait, elle l'accueillait avec la même simplicité que s'il l'avait quittée la veille. Elle lui demandait des nouvelles des chemins, des familles rencontrées, des chevaux. Parfois, elle avait gardé pour lui un morceau de viande séchée ou quelques baies.


Elle ne lui demandait jamais combien de temps il comptait rester.


Au feu du soir, un homme plus âgé prit l'habitude de se décaler sans rien dire pour lui laisser une place. Il commença par dormir un peu moins loin des autres tipis. Puis entre eux... À la troisième année, il n'y avait vraiment plus de raison de partir.


Un soir, la sœur de la guérisseuse lui tendit un bol sans interrompre sa dispute avec sa fille, comme si sa présence allait désormais de soi. Il se surprit à envisager un voyage vers le sud. La pensée lui apporta un soulagement immédiat.


Il alla vérifier son cheval... Son cheval allait bien. Un autre présentait une légère raideur à une patte arrière. Pendant deux jours, cet animal reçut l'attention d'ordinaire réservée aux bêtes dont la survie est menacée, jusqu'à ce que la guérisseuse le trouve encore accroupi près de sa patte.

— Elle a l'air de le gêner, dit-il avec gravité.

Elle s'agenouilla à côté de lui et ils regardèrent ensemble le cheval poser tranquillement son sabot avant de recommencer à brouter. Ce cheval allait très bien. Elle ne dit rien, puis lui adressa un sourire si tendre qu'il en fut presque contrarié. Il aurait préféré qu'elle se moque de lui.


Un soir, près du feu, elle posa la main sur son avant-bras.


Rien de plus.


Son corps se raidit sous ses doigts avec une telle violence qu'elle la retira aussitôt.


Aucun des deux ne parla.


À travers les flammes, il vit son passé, un autre feu, un autre soir : sa femme défaisant patiemment un nœud dans les cheveux de leur fille, les pieds de son fils cadet dépassant d'une couverture, son aîné retenant un rire.


L'image fut si entière qu'il lui sembla qu'il suffirait de traverser les flammes pour les rejoindre.


Il se leva.

— Je devrais aller voir les chevaux.


Elle acquiesça doucement.

— Va, si tu en as besoin.


Il partit et elle ne le suivit pas.


Le lendemain, elle lui parla comme à l'ordinaire. Elle lui demanda de l'aider à porter de l'eau, puis lui raconta qu'un enfant avait confondu deux plantes et s'était retrouvé avec les mains couvertes de teinture.


Elle riait en racontant l'histoire.


Il fut soulagé de retrouver son rire.


Mais il se mit à éviter les moments où ils auraient pu se retrouver seuls, et elle le remarqua.


Elle avait passé assez de nuits auprès des malades pour savoir qu'il existe des douleurs auxquelles on ne peut toucher sans les réveiller.


Elle continua simplement à lui faire une place près du feu.


Quand un autre homme se mit à venir la voir, il se retrouva un soir près de son cheval, une couverture déjà entre les mains, prêt à repartir.


Le cheval broutait tranquillement et ne réagissait pas.


Alors il rit, d'abord presque sans bruit, puis avec l'étonnement de celui qui aperçoit enfin le piège qu'il se tend depuis des années.


Il reposa la couverture et retourna vers le feu où il y avait sa place à côté du vieil homme.


La guérisseuse était de l'autre côté du cercle, occupée à écouter une histoire. Elle leva les yeux vers lui.

Il lui sourit et elle lui rendit son sourire, puis se tourna de nouveau vers celui qui parlait.


Ce soir-là, il n'est pas parti.


Il leur fallut encore du temps pour trouver leur chemin l'un vers l'autre. Sans qu'ils s'en aperçoivent, quelque chose avait pris racine entre eux. Un jour, ils comprirent que ce lien était devenu plus profond qu'ils ne l'avaient imaginé.


Il apprit à reconnaître ses silences. Lorsqu'elle rentrait épuisée d'une longue veille, elle s'asseyait près du feu sans parler. Lorsqu'elle préparait ses plantes, ses mains travaillaient avec une précision tranquille. Mais parfois, au milieu d'une conversation, elle s'interrompait et son regard se perdait au loin. Il attendait alors qu'elle revienne.


Un soir, elle lui parla d'un enfant qu'elle n'avait pas pu sauver. Elle ne pleura pas et lui raconta simplement ce qui s'était passé, puis resta longtemps silencieuse.


Il chercha les mots qui auraient pu la réconforter mais n'en trouva aucun. Alors il prit sa main, elle la serra doucement et ils restèrent ainsi jusqu'à ce que le feu baisse.


Il voyageait encore. Seulement, parfois, quelqu'un d'autre partait à sa place. Parfois une chose cassée attendait jusqu'au lendemain. Et parfois, plus étrange encore, il voyait ce qu'il y avait à faire, savait qu'il aurait pu le faire, et choisissait de rester assis.


Il découvrit alors que l'amour de cette femme ne l'éloignait pas de ceux qu'il avait perdus.


Cet amour lui rendait peu à peu le souvenir des siens, non plus dans l'horreur de leur dernier matin, mais dans la simplicité des jours heureux.


Sa femme détestait se lever tôt et portait une petite cicatrice sur le pouce. Leur fille était têtue, le cadet avait toujours faim. Et l'aîné, lorsqu'il marchait près de lui, allongeait discrètement le pas pour marcher comme son père.


Il arrivait qu'un souvenir le traverse avec une telle intensité que le monde autour de lui semblait s'arrêter. Mais il lui arrivait aussi, désormais, de sourire en se souvenant.


Un jour, il parla de Plume Blanche à la guérisseuse. Il lui raconta comment elle avait voulu partir chasser avec lui, comment elle s'était fâchée, les bras croisés, et avait refusé de lui dire au revoir.


Il sourit en se souvenant, puis son visage se défit.


La guérisseuse ne chercha pas à détourner sa peine, elle posa simplement sa main près de la sienne, et au bout d'un moment, il la prit.


Des années après leur rencontre, ils étaient assis parmi les autres autour du feu du soir.


Un vieil homme racontait une histoire que tout le monde connaissait déjà ; quelqu'un se plaignait de la fumée, et au-delà des tipis les chevaux remuaient doucement dans l'obscurité.


Ce soir-là, personne n'avait besoin de lui. Aucun cheval à soigner ou à retrouver, aucune tâche à accomplir. Il n'avait qu'à s'asseoir près du feu, écouter les conversations et se laisser gagner par leur chaleur.


Près de lui, la guérisseuse riait de quelque chose que venait de dire sa sœur. Il regarda son visage éclairé par les flammes, les petites rides au coin de ses yeux, la façon dont elle rejetait la tête lorsqu'elle riait.


Il l'aimait.


Cette pensée, si simple, lui serra soudain la poitrine.


Il y avait de nouveau quelqu'un à perdre.


À travers les flammes, un souvenir lui revint. Sa femme, assise devant leur tipi, défaisant patiemment un nœud dans les cheveux de Plume Blanche. Son fils cadet endormi contre lui. L'aîné marchant à ses côtés, allongeant ses pas pour égaler les siens.


Il revit leurs visages avec une netteté qui lui coupa le souffle.


Non pas tels qu'ils étaient morts mais tels qu'ils avaient vécu.


Il baissa la tête.


La guérisseuse continuait d'écouter l'histoire du vieil homme. Près de lui, sa main reposait sur la couverture. Il la regarda un instant. Puis il la prit.


Elle tourna légèrement la tête vers lui, serra doucement ses doigts et reporta son attention sur le vieil homme.


Alors il pleura.


Personne ne cessa de parler. Le vieil homme poursuivit son histoire, quelqu'un déplaça une branche qui fumait trop, et les chevaux remuèrent dans l'obscurité.


Le feu baissa lentement.


Il resta là, sa main dans la sienne.


Artiste inconnu
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