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Pleine Lune en Sagittaire: L'ombre du dévouement

  • Photo du rédacteur: Heather Held
    Heather Held
  • il y a 6 jours
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

I. L'ombre du dévouement


La semaine dernière, en parcourant mon fil d'actualité, je suis tombée sur une nouvelle qui m'a profondément bouleversée.


Une thérapeute de mon âge, engagée comme moi dans le travail du corps et du trauma, avait choisi de quitter ce monde.


Je suis restée longtemps immobile devant mon écran.


Je ne la connaissais pas. Pourtant, je reconnaissais le paysage dans lequel elle évoluait. Cette fatigue si particulière qui accompagne le fait de porter la souffrance des autres comme profession. Ce poids invisible qui s’accumule, année après année, dans un silence assourdissant.


Dans mon dernier article, j’écrivais que si nous prenions modèle sur les bonobos, avec lesquels nous partageons 98,7 % de notre ADN, nous vivrions dans une société fondée sur la coopération, le contact et l’entraide. Au lieu de cela, nous nous sommes organisés comme les chimpanzés : en hiérarchies où la différence n'est pas tolérée, où ceux qui ne correspondent pas aux normes du groupe sont relégués aux marges, et où ceux qui voient le monde autrement finissent par être exclus.


Cette femme pratiquait une médecine de bonobo dans un monde de chimpanzés.


Cet article s'adresse à celles et ceux qui ont passé tant d'années à porter les autres qu'ils en ont oublié ce que cela fait d'être soutenus et reçus à leur tour.


Cette Pleine Lune en Sagittaire est bavarde. Très bavarde. Et elle semble avoir quelques vérités à nous raconter.



Altarpiece No. 1, Group X, The Paintings for the Temple, Hilma af Klint (1915)
Altarpiece No. 1, Group X, The Paintings for the Temple, Hilma af Klint (1915)

II. Quand les fondations se fissurent


Il y a quelques semaines, j'avais entendu une statistique dans un podcast qui m'a frappée en plein cœur : les femmes âgées entre 45 à 55 ans sont le groupe le plus touché par le suicide.


Ce phénomène serait étroitement lié aux profonds bouleversements neurologiques et hormonaux de la périménopause et de la ménopause. Lorsque les taux d'œstrogènes et de progestérone chutent, le cerveau lui-même se réorganise. La régulation émotionnelle devient plus fragile. Des stratégies qui nous ont portées pendant des décennies cessent de fonctionner. Les identités que nous avons construites commencent à se fissurer.


Ce qui m'a le plus marquée, c'est à quel point cela reflète l'astrologie de cette Pleine Lune. Le Nœud Sud en Vierge parle des rôles que nous avons appris à incarner : celle qui aide, celle qui répare, celle qui prend soin, celle qui tient tout ensemble. Mais lorsque ces structures commencent à se fissurer, sous l'effet de la biologie, des circonstances ou simplement de l'épuisement, une question devient inévitable : qui sommes-nous lorsque ces rôles ne suffisent plus ?


C'est précisément là que le Nœud Nord en Poissons nous appelle. Non pas vers davantage d'efforts, mais vers une expérience plus profonde de l'être. Non pas vers une plus grande utilité, mais vers le souvenir que notre valeur n'a jamais dépendu de ce que nous faisons pour les autres.


Pourtant, nous parlons rarement de cela. Nous sommes très douées pour créer des espaces où les autres peuvent déposer ce qu'ils portent. Beaucoup moins pour remarquer lorsque notre propre structure intérieure commence à se fissurer...



III. L'astrologie de l'épuisement


Le 31 mai, le ciel nous offre une "Blue Moon", la seconde pleine lune du mois. Un mois qui n'a pas pu se contenir... Un peu comme ces émotions, ces vérités et ces prises de conscience que nous retenions depuis trop longtemps et qui finissent par déborder.


Le Soleil se trouve à 9° Gémeaux et la Lune à 9° Sagittaire, une polarité entre les questions et le sens, entre l'information et la sagesse, entre le mental qui fragmente et l'élan de l'âme qui cherche à réunifier.


Tous deux forment un carré à l'axe des Nœuds : le Nœud Sud à 4° Vierge et le Nœud Nord à 4° Poissons. C'est l'astrologie d'un état d'épuisement.


Le Nœud Sud en Vierge représente l'endroit d'où nous venons. Le serviteur dévoué. Celui qui analyse, perfectionne, répond présente. Celle qui se rend utile parce qu'il lui semble plus sûr d'être utile que d'être simplement elle-même.


L'ombre de la Vierge est le sacrifice de soi élevé au rang de vertu.


Le Nœud Nord en Poissons nous appelle ailleurs. Non pas vers la dissolution, mais vers cette connaissance profonde que nous sommes portés, qu'il existe quelque chose de plus vaste que nous, plus vaste que la blessure, plus vaste que cette histoire intérieure qui nous murmure que nous ne sommes jamais assez.


Puis il y a le Yod, ce que les astrologues appellent le « doigt de Dieu ». Pluton à 5° Verseau et Neptune à 4° Bélier pointent tous deux vers ce Nœud Sud en Vierge, vers ce serviteur épuisé qui a fini par prendre son épuisement pour une preuve de dévouement.


Cette vieille croyance selon laquelle il faut se sacrifier pour mériter sa place est appelée à mourir.


Chiron se trouve à 29° Bélier, le dernier degré du signe. Un lieu où quelque chose atteint son point de bascule avant qu'un nouveau chapitre puisse commencer.


Chiron en Bélier porte la blessure de l'existence elle-même, cette question souvent inconsciente :

Ai-je le droit d'exister pour moi-même, et pas seulement pour les autres ?


Mars à 9° Taureau forme un quinconce exact avec la Lune. Le corps s'adresse directement au monde émotionnel. C'est le prix accumulé de toutes ces années passées à porter ce qui n'a jamais été pleinement vu, entendu ou reconnu. Un épuisement qu'aucune volonté ne peut résoudre.


Mars en Taureau parle un langage simple : repos, nourriture, enracinement, présence. Mais le quinconce est un aspect d'inconfort et d'adaptation.


Le corps demande quelque chose que notre psyché a été conditionnée à refuser : recevoir autant que l'on donne.



La Lune à 9° du Sagittaire est conjointe à Antarès, le grand cœur rouge du Scorpion et l'une des quatre Étoiles royales. Surnommée la rivale de Mars, Antarès porte une qualité féroce et intransigeante. C'est une étoile de courage, de conviction et de fidélité absolue à la vérité.


Parmi tous les archétypes qui lui sont associés, je pense à Jeanne d'Arc.


Celle qui existait avant la sainte et avant la martyre.


La jeune femme qui a entendu un appel intérieur avec une telle clarté qu'elle ne pouvait qu'y répondre. Quelles que soient les croyances que l'on porte sur ses visions, elle incarnait une qualité qu'Antarès reconnaît immédiatement : l'impossibilité de renoncer à ce qu'elle savait dans sa chair être vrai.


Antarès apparaît lorsque le prix à payer de renoncer à sa vérité intérieure devient plus élevé que la peur de sortir de sa zone de comfort.


Lorsque la loyauté envers soi-même devient plus importante que le besoin d'appartenir.


Elle nous pose alors une question :

Et si votre épuisement ne venait pas de ce que vous portez, mais de ce que vous refusez encore de reconnaître ?


Cette étoile appartient à celles et ceux qui ont traversé le feu et en sont ressortis en portant une autorité plus profonde, celle de quelqu'un qui a découvert que la vérité vaut davantage que l'appartenance.


Jehane la Pucelle, Dante Gabriel Rossetti (1882)
Jehane la Pucelle, Dante Gabriel Rossetti (1882)

IV. Faire confiance au processus


J’aimerais maintenant m’adresser à toute personne qui a déjà ressenti la pression de devoir être arrivée quelque part dans sa vie, d’avoir tout compris, tout réglé.


À celle qui, dans la trentaine, est en train de construire quelque chose qu’elle ne sait pas encore nommer.


À celle qui, dans la soixantaine ou au-delà, entend qu’il serait trop tard pour se réinventer.


J’aimerais parler du temps qu’exige toute véritable transformation.


C'est peut-être la chose pour laquelle notre époque a le moins de patience.


Nous vivons dans une civilisation tournée vers les solutions, la performance et les résultats. Pourtant, les expériences humaines les plus profondes (le deuil, la guérison, la métamorphose, le devenir) n’obéissent pas à cette logique. Elles sont lentes et non-linéaires. Elles exigent des périodes d’incertitude, de flottement, de désorientation même, pour lesquelles notre culture obsédée par l’efficacité n’a prévu aucun espace.


Nous traversons sans cesse des cycles de mort et de renaissance.


La fin d’une relation est une mort.


Un diagnostic est une mort.


Quitter une carrière, un pays, une identité ou un système de croyances est une mort.


Toute naissance véritable est précédée d’une forme de disparition.


Pourtant, nous avons construit un monde qui célèbre la naissance tout en refusant le tombeau. Un monde qui exige la résurrection sans tolérer la traversée qui la rend possible. Nous voulons le papillon, mais nous ne supportons pas la dissolution à l’intérieur de la chrysalide, cet entre-deux où la chenille n’est déjà plus ce qu’elle était et pas encore ce qu’elle deviendra.


Le processus est yin.


Il est féminin dans le sens le plus ancien et le plus profond de ce mot.


Il appartient à l’obscurité fertile, à l’intériorité, à la graine enfouie sous la terre qui germe selon son propre rythme. Et nous avons bâti une culture si fascinée par la récolte que nous avons oublié comment honorer l’hiver.


Celui ou celle qui envisage le suicide n’est pas nécessairement quelqu’un qui a renoncé à vivre. Bien souvent, il s’agit d’un être plongé dans une traversée de transformation si profonde qu’aucun contenant ne lui permet de lui donner un sens. Une personne à qui personne n’a appris que l’on peut survivre au non-savoir, qu’il existe des passages où tout ce qui nous définissait doit se défaire avant qu’autre chose puisse émerger.


Notre culture sait reconnaître les contractions de l’accouchement comme le signe qu’une vie est en train d’arriver. Mais lorsqu’il s’agit de l’âme, nous confondons souvent les contractions de la transformation avec les signes de la fin.


Or une partie de nous peut être en train de mourir sans que notre vie soit terminée.


Quelque chose doit s’effondrer pour que quelque chose de plus vrai puisse naître.


Et comme toute naissance, cela demande une présence. Quelqu’un capable de rester là et de dire :

Je sais que c’est insupportable.

Je sais que tu ne vois pas encore ce qui vient.

Mais cette intensité n’est pas la fin.

C’est ainsi que la vie nouvelle arrive.



V. Se souvenir de ce que nous sommes


Nous traversons tous des processus, que nous en soyons conscients ou non.


Si vous me lisez aujourd’hui, il y a de fortes chances que vous connaissiez déjà cet entre-deux où quelque chose s’achève sans que l’on sache encore ce qui est en train de naître.


Alors, pour cette Lune Bleue, j’aimerais vous offrir quelque chose qui m’a accompagnée encore et encore lorsque la vie me demandait de faire confiance à ce que je ne pouvais pas encore voir.


C’est très simple, comme le sont souvent les choses les plus vraies.


Une invitation à revenir chez vous, dans votre corps.


À revenir dans cet amour silencieux qui n’a jamais cessé de vous porter, même lorsque vous l’aviez oublié.


Un chemin de retour vers ce que vous êtes, sous les rôles, les blessures, les accomplissements et les peurs. Vers cette part de vous qui sait déjà.


Ressentir le retour de l'amour donné :


Si vous êtes parent, prenez un instant pour ressentir tout l’amour que vous avez versé dans vos enfants.


Si vous êtes thérapeute, praticien ou accompagnant, ressentez tout l’amour que vous avez offert à celles et ceux que vous avez accompagnés.


Si vous avez partagé votre vie avec des animaux, ressentez tout l’amour que vous leur avez donné à travers les soins, la présence et l’attention.


Et s’il existe un arbre, un lieu dans la nature, une œuvre d’art, ou même une simple pierre que vous aimez, ressentez toute l’affection, toute la tendresse, tout l’émerveillement que vous lui avez offerts.


Puis, pour un instant, laissez cet amour revenir vers vous.


Sentez-le revenir à votre cœur.


Sentez-le remplir votre poitrine.


Sentez-le se répandre dans tout votre être.


Bien avant de devenir parent, soignant, accompagnant ou celle et celui qui porte les autres, vous étiez déjà cela :


une source intarissable d’amour.


Joan of Arc, Frank Cadogan Cowper (c. 1907–1920)
Joan of Arc, Frank Cadogan Cowper (c. 1907–1920)

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